Caméraman sur une expédition au Népal

Fin août, nous sommes partis au Népal pour une expédition avec les deux alpinistes Benjamin Védrines et Nicolas Jean ainsi qu’un deuxième vidéaste, Thibaut Marot. Le but de Benjamin et Nicolas est de gravir un sommet vierge à 7500 mètres, le Jannu Est. Le rôle de Thibaut et moi est de ramener des images de cette expedition pour en faire un film.

Nous avons quitté la France fin août pour le Népal. Une fois à Katmandou, nous avons pris un vol interne puis le 4×4 pendant quasiment une journée avant de commencer le trek d’approche. Le départ dans la jungle était chaud et humide, heureusement nous avons rapidement pris de l’altitude et les montagnes se sont dévoilées petit à petit. Après trois jours de marche, nous sommes arrivés au village de Kambachen à 4100 mètres d’altitude. Pour éviter les problèmes liés à l’altitude, nous y sommes restés deux nuits avant de monter au camp de base. La mousson étant encore bien active sur cette partie du Népal, nous avions de la pluie quasiment toutes les après-midi.

Cinq jours après avoir commencé le trek, nous avons rejoint le camp de base sur le moraine du glacier à 4700 mètres. Première expérience pour moi de l’altitude avec un peu d’appréhension. Un léger mal de tête s’est installé les premiers jours mais rapidement le corps s’adapte. Le but de cette première phase de l’expédition est de s’acclimater en montant progressivement en altitude. 

Le lendemain, avec Benjamin et Nicolas nous sommes montés à 6000 mètres dans le mauvais temps. La progression est ralentie, le souffle est court, on ressent les effets de l’altitude. Une journée de repos et nous repartons avec le matériel de bivouac cette fois. Une première nuit à 5600 mètres, puis deux nuits à 6000 mètres. Les journées sont longues, on passe beaucoup de temps à attendre dans un état « vaseux ». Cette première phase est importante, le corps doit s’adapter. Tout se passe bien et nous redescendons au camp de base. 

Pour optimiser la récupération, nous redescendons deux nuits plus bas dans la vallée au village de Ghunza. Après ces quelques jours de repos, retour au camp de base. On attend le bon créneau pour retourner dormir en altitude. Nous retournons sur le même sommet, le Merra Peak, pour dormir deux nuits à 6200 mètres. La météo est meilleure cette fois et nous pouvons admirer ces immenses montagnes qui nous entourent. Le coucher de soleil sur le Jannu, puis le lever de soleil sur l’Everest, un spectacle magnifique.
J’en profite pour faire des photos et vidéos. Tout est nouveau pour moi, c’est ma première expédition et je découvre un nouvel environnement pour filmer. Je suis habitué à faire des images dans les Alpes mais à 6000 mètres c’est différent. Surtout lorsqu’on part sur trois jours. La gestion du froid, des batteries et du stockage est essentielle.
Nous avons de la chance pour la descente, le vent est faible ce jour là et nous pouvons redescendre en parapente. Un vol incroyable au milieu de ces immenses montagnes !

Pour finir leur acclimatation, Nicolas et Benjamin aimeraient monter encore une fois en altitude, dans l’idéal à plus de 6500 mètres. Ce n’est pas évident avec la mousson qui tarde à se terminer et des créneaux très courts. Ils decident de tenter le coup sur un sommet vierge à 6800 mètres, le White Wave. Nous partons dormir tous les trois au pied de la face. Le lendemain, ils se lancent dans l’ascension. Ils arrivent au sommet en début d’après-midi et s’offrent un super vol pour retourner au camp de base. Pendant ce temps, je filme le début de l’ascension au drone puis Thibaut prend le relais.
L’acclimatation est terminée, ils se sentent prêts. Nous retournons une deuxième fois au village de Ghunza pour récupérer et éviter le mauvais temps annoncé. Après 4 jours passés la bas, on remonte au camp de base. Le décor est complètement différent avec les 80cm de neige tombés la nuis précédente. Un peu de déneigement en attendant la bonne fenêtre météo pour tenter le Jannu Est. Les journées sont rythmées par la préparation du matériel, des petits vols en parapente au dessus du camp de base et du montage vidéo pour Thibaut et moi.

Après une semaine d’attente, notre routeur météo Yann nous annonce un créneau de beau temps de quatre jours sans vent. Nous partons dormir au pied de la face avec Nicolas et Benjamin. La montée est pénible dans un immense pierrier de blocs instables. On installe le bivouac sur le glacier, le froid est saisissant. Benjamin et Nicolas en profitent pour fixer la première longueur pour gagner du temps le lendemain.
On passe une soirée agréable, ils ne semblent pas stressés par l’ascension. Réveil à 4 heures pour un départ au lever du jour. Vue de la rimaye, la face parait immense.

Je filme le début de l’ascension au drone puis je plie le bivouac et retourne au camp de base. Thibaut prend le relais avec son drone depuis le camps de base. La première journée se passe bien, ils avancent à un bon rythme et bivouaquent à l’endroit prévu. Même chose le lendemain, ils franchissent une bonne partie des difficultés et installent le bivouac à 6900 mètres. Lr troisième jour est plus compliqué, la fatigue se fait sentir et tracer l’arête finale leur demande beaucoup d’efforts. Ils arrivent au sommet en début d’après-midi. Le repos est de courte durée car ils doivent redescendre les 2300 mètres de la face. Ils retrouvent leur bivouac à la nuit. Le lendemain, je retourne au pied de la face pour les retrouver à la fin de leur descente.

Il arrivent épuisés, la descente a été laborieuse et compliquée jusqu’au dernier rappel. L’émotion est grande, ils ne réalisent pas encore ce qu’ils viennent d’accomplir. On retourne au camp de bas retrouver le reste de l’équipe et célébrer la réussite. C’est une de nos dernière soirée au camp de base donc on fête ça comme il se doit, les cuisiniers nous ont préparé un excellent gâteau au chocolat ! Le lendemain c’est repos pour tout le monde, on commence à ranger les affaires et démonter le camp base. C’est notre dernière soirée ici, ça fait bizarre après y avoir passé plus de quarante jours.

Le lendemain nous redescendons à Ghunza puis plus bas dans la vallée les jours suivants jusqu’à retrouver la civilisation. Le retour à Katmandou n’est pas des plus simples, la transition est brutale après ces deux mois passés la haut. Nous restons quelques jours pour visiter la ville puis nous rentrons en France, la tête encore au Jannu Est.
Cette première expédition a été très enrichissante pour moi. Découvrir l’univers de la très haute altitude m’a beaucoup plu. Sur le plan professionnel aussi j’ai beaucoup appris. Thibaut, qui est plus expérimenté, a été de très bons conseils et j’ai beaucoup appris grâce à lui !
Et surtout, nous avions une équipe de rêve et nous avons partagé des moments très forts la haut ! Merci à toute l’équipe pour cette aventure incroyable !